Philippe Séguin : la mort d'un grand serviteur de l'Etat

C'était peut-être, à droite, le meilleur de sa génération. Mais son caractère compliqué et les circonstances en ont décidé autrement. Philippe Séguin, cette nuit d'une cardiaque, n'en restera pas moins comme l'un de ces grands serviteurs de l'Etat, amoureux fou de la France, de son histoire et de la République.

A 66 ans, il achevait sa carrière comme premier président de la Cour des Comptes, où il ne ratait jamais une occasion de pointer du doigt les erreurs de l'administration et du pouvoir politique.

Né en Tunisie, orphelin d'un père mort à la guerre (une blessure dont il ne se remettra jamais vraiment) il s'était fait connaître d'abord comme député des Vosges puis maire d'Epinal où il fit des merveilles pour dynamiser une petite ville endormie. A l'Assemblée nationale, outre sa stature (1m95, 100 kilos) on remarque sa parole forte, ses convictions, et
des talents d'orateurs incomparables.

Partisan du «non» à Maastricht

Il bataille après 1981 contre la gauche. En 1986, pendant les deux ans de la cohabitation, il devient le ministre des Affaires sociales de Jacques Chirac. Puis il se fait vraiment connaître par son engagement en faveur du « non » à Maastricht en 1991, où François Mitterrand l'intronise en quelque sorte comme un interlocuteur privilégié. Il inspire avec d'autres, en 1995, la campagne de Chirac contre la fracture sociale. Mais c'est Alain Juppé qui est choisi pour devenir Premier ministre. Séguin devient président de l'Assemblée nationale et tente en 1997 de dissuader Jacques Chirac de la dissoudre. En vain. Il ne le sait pas, mais c'est alors le calvaire qui va commencer. Il prend, fin 1997, la présidence du RPR (où il fait revenir un certain Nicolas Sarkozy comme secrétaire général). Mais les relations avec Jacques Chirac sont difficiles. Il claque la porte en avril 1999 de la campagne européenne.

Le chemin de croix des municipales à Paris

En 2001, il se lance dans la campagne des municipales à Paris. Ce sera un chemin de croix. Dépressif, mal dans sa peau, il mène une campagne incompréhensible et perd face à Bertrand Delanoë. Jacques Chirac, qui n'a pas levé alors le petit doigt pour le soutenir dans la rivalité avec Jean Tiberi, le nomme le 21 juillet 2004 à la tête de la Cour des Comptes. Il se lance dans cette fonction comme dans toutes les autres : avec passion, conviction, intransigeante. Ce gaulliste, passé par l'Ena, était amoureux de l'Etat. Et le regard qu'il jetait sur l'Etat ne le rendait, ces dernières semaines, pas très optimiste. Pour sortir de son pessimisme, il avait une autre passion : le football, et le PSG, qu'il soutenait quoi qu'il arrive. Là aussi, jusqu'au bout.

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